L’amérique de Donald Trump reste indispensable : le paradoxe ?
La tendance au repli des États-Unis s’accélère, mais le monde dépend plus que jamais de leur poids économique.
Une posture économique plus dure
Depuis début 2025, Washington a imposé des droits de douane sur une large gamme de produits pour protéger son industrie et augmenter ses recettes. Si toutes les mesures sont appliquées, le Trésor pourrait engranger environ 300 milliards de dollars par an.
La politique industrielle a également évolué. Plutôt que de s’appuyer sur des incitations fiscales, le gouvernement utilise désormais la législation sur la sécurité nationale pour prendre des participations minoritaires dans des entreprises stratégiques de secteurs clés.
Le commerce mondial ne s’effondre pas
Les États-Unis restent essentiels, non seulement grâce au dollar, mais aussi grâce à leurs entreprises, leur système financier, la taille de leur marché et leur flexibilité. Même avec des barrières plus élevées, les flux commerciaux se maintiennent. L’OMC prévoit une croissance de 2,5 % du commerce de biens en 2025 et de 4 % pour les services. Les États-Unis représentent toujours environ 13 à 15 % du commerce mondial, car les exportateurs internationaux ont besoin du marché américain, qui reste inégalé en taille et en appétit.
Le paradoxe de Triffin
Le dollar intervient dans environ 89 % des transactions de change, un chiffre encore supérieur à celui de 2022. Les volumes d’échange ont augmenté, notamment pour les instruments de couverture comme les contrats à terme et les options. La liquidité et la profondeur des marchés maintiennent le dollar au centre, surtout en période de forte volatilité.
Cependant, même une monnaie dominante peut s’affaiblir. Le paradoxe de Triffin l’explique : lorsque le monde entier dépend de votre devise, il faut en fournir tellement à l’étranger que vous finissez par importer plus que vous n’exportez. Ces déficits persistants peuvent finir par peser sur la monnaie au fil du temps.
Pas d’alternative viable
Certes, le renminbi progresse, notamment dans le financement du commerce, et les banques chinoises détiennent plus de renminbi offshore que jamais. Mais à l’échelle mondiale, il reste marginal. L’euro, le yen, le franc suisse et les cryptomonnaies ne menacent pas le rôle du dollar.
Un pouvoir structurel durable
Les portefeuilles mondiaux restent fortement investis dans les actifs américains, même si de plus en plus de gestionnaires couvrent leur exposition au dollar. Cette couverture pourrait encore peser sur la devise en 2026.
Même si les États-Unis deviennent plus protectionnistes et interventionnistes, leur influence sur l’économie mondiale ne faiblit pas. C’est le paradoxe au cœur de l’économie américaine : alors même que le pays se replie sur lui-même, il continue d’être le centre de gravité du monde.
14 janvier 2026
