Gestion des risques dans un cycle perturbé mais résilient

01 avril 2026

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Le mois écoulé sur les marchés financiers a été dominé par le regain de tensions au Moyen-Orient – avec des répercussions sur les prix de l’énergie – ainsi que sur les marchés du crédit. De tels événements accentuent la volatilité, mais nous estimons que les implications macroéconomiques constituent une extension maîtrisée des pressions stagflationnistes existantes, plutôt qu’une rupture du cycle économique. Les prix du pétrole ont connu une flambée à court terme, mais la nature des chocs pétroliers actuels et la structure de l’économie mondiale invitent à la prudence plutôt qu’à l’alarmisme. Les pics géopolitiques sur le brut ont tendance à se résorber, car les perturbations de l’offre déclenchent des réponses compensatoires : augmentation de la production par les producteurs non affectés, recours aux stocks stratégiques et ajustements de la demande de la part des consommateurs et de l’industrie. Avec une activité mondiale toujours résiliente, le mouvement actuel sur le pétrole s’apparente davantage à la poursuite de frictions inflationnistes qu’au début d’un nouveau régime.

Un second thème a été la montée des tensions sur les marchés du crédit privé. Après des années d’expansion rapide, cette classe d’actifs connaît son premier stress significatif, visible à travers une souscription plus sélective, une dispersion accrue des performances et une posture plus prudente des investisseurs. Nous n’y voyons pas une défaillance structurelle, mais une phase de maturation nécessaire pour un marché encore jeune. Les marchés publics du crédit, à l’inverse, demeurent globalement calmes, avec un élargissement modéré des spreads et sans signe notable de stress systémique. Pris dans leur ensemble, ces évolutions suggèrent une hausse des risques de volatilité – phénomène typique lorsque la géopolitique s’entremêle à une phase avancée du cycle – mais elles ne signalent pas une rupture du cycle sous-jacent.

Nous pensons que la caractéristique déterminante de la phase actuelle réside dans le fait que les dépenses d’investissement (CapEx) prennent le relais des consommateurs et des gouvernements. La consommation des ménages s’est normalisée après son envolée post-pandémie, les impulsions budgétaires s’estompent, et l’investissement des entreprises devient un moteur plus puissant de l’activité mondiale. Une grande partie de ce momentum est liée à l’intelligence artificielle (IA), une tendance de transformation nécessitant d’importantes infrastructures physiques. Les centres de données requièrent une capacité électrique, des systèmes de refroidissement, du matériel spécialisé et des intrants de fabrication avancés ; la diffusion de l’IA stimule l’investissement dans l’infrastructure cloud, les semi-conducteurs, les réseaux à haute performance et l’augmentation de la production énergétique. Cette évolution se distingue par la nature très physique de ses besoins d’investissement.

En conséquence, les bénéficiaires de ce cycle CapEx dépassent largement le secteur technologique. Les industriels, producteurs d’électricité, infrastructures énergétiques et fournisseurs de matières premières connaissent une demande renforcée. Comme le souligne Nicolas Gazin dans la section « Perspectives de marché » (page 10) de ce mois-ci, cela crée des opportunités pour les marchés émergents fournissant des intrants clés, ainsi que pour les petites et moyennes capitalisations opérant dans des segments spécialisés de chaînes d’approvisionnement revitalisées. Cette rotation met en lumière le caractère auto-entretenu du cycle économique, avec l’émergence de nouveaux moteurs à mesure que les anciens s’estompent, et l’élargissement du paysage d’investissement à mesure que le leadership boursier se diversifie.

Concernant les effets de l’IA sur le marché du travail, Hans Bevers souligne dans notre « Focus » (page 8) que la disruption observée jusqu’à présent s’inscrit dans la lignée des précédentes évolutions technologiques. Au cours des trois dernières années, les changements professionnels se sont opérés à un rythme comparable à celui observé après l’adoption de l’ordinateur commercial en 1984 et celle de l’internet commercial en 1996.

Dans la section « Macroéconomie & stratégie d’investissement » (page 4), Bénédicte Kukla, Grégory Steiner et Adrien Roure expliquent pourquoi les marchés entrent dans une période où la volatilité est une caractéristique, non un défaut, et où il est essentiel de distinguer le bruit conjoncturel des opportunités structurelles. Le contexte géopolitique continuera probablement de générer des chocs épisodiques, mais le moteur économique – alimenté de plus en plus par l’investissement des entreprises – reste intact. Pour les investisseurs, cela plaide en faveur d’une diversification accrue et d’une gestion rigoureuse des risques, en maintenant une exposition aux secteurs et régions profitant du cycle CapEx et en considérant les dislocations à court terme comme des points d’entrée potentiels. Les marchés obligataires devront naviguer entre une activité résiliente et des pressions inflationnistes temporairement élevées, mais l’environnement du crédit au sens large demeure constructif.

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Information importante

Monthly House View, 20.03.2026. - Excerpt of the Editorial

01 avril 2026

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